Les honneurs s’accumulent pour le président de la Ferme St-Ours

2006-09-27

S’il est vrai que l’on récolte toujours ce que l’on sème, on peut dire que Serge Lefebvre a planté de sacrées bonnes graines, tant sa récolte est abondante.

Depuis l’an dernier, le président de la Ferme Saint-Ours s’est retrouvé plus souvent qu’à son tour sous le feu des projecteurs. Après avoir remporté la médaille d’argent de l’Ordre du mérite agricole en 2005, il a reçu récemment la Médaille de distinction agronomique 2006 de l’Ordre des agronomes du Québec. On reconnaît ainsi sa contribution notoire au développement de la production avicole au Québec. Pas mal pour un homme qui est aussi à l’aise dans une salopette de denim au fond d’un poulailler que dans un complet-cravate derrière le bureau qu’il occupe à la Fédération des producteurs d’oeufs de consommation du Québec (FPOCQ), qu’il préside depuis deux ans. Pour tous ces honneurs, pour la passion qu’il manifeste au quotidien et pour sa détermination à défendre les intérêts des producteurs agricoles sur le plan local, régional, national et même international, Le Courrier de Saint-Hyacinthe et La Chambre de Commerce et de l’Industrie de la MRC Les Maskoutains sont fiers de décerner le titre de personnalité du mois de septembre à Serge Lefebvre.

De Jefo à Nutri-Oeuf

Ses proches disent de Serge Lefebvre qu’il est un excellent vendeur et qu’il a l’étoffe d’un futur politicien. On ne peut effectivement nier que la vente et la politique, ou du moins ses coulisses, n’ont plus de secret pour lui, ou si peu. « De la vente, on en fait tous partout tout le temps, dit-il. Il faut se vendre constamment que ce soit en amour pour séduire l’autre, en affaires ou en famille. On doit vendre sa vision, ses idées, ses orientations. La vente pour moi, c’est partager et non convaincre à tout prix », raconte celui qui a grandi sur une ferme laitière de Wickham, près de Drummondville. La vente et le marketing, c’est au contact de son premier emploi à la Division Shur-Gain des Aliments Maple Leaf qu’il découvrira leurs rouages de 1981 à 1992. Il devra entre autres élaborer un plan marketing pour améliorer la part de marché de cette division dans la production avicole au Québec. Puis c’est au sein de l’entreprise d’alimentation animale maskoutaine Jefo, fondée et dirigée par Jean Fontaine, un ancien collègue de classe, qu’il perfectionnera son art en tant que directeur des ventes et du marketing à l’international. Son entrée chez Jefo coïncide également avec son retour à la terre fracassant puisque en compagnie de sa conjointe Martine Bourgeois et de sa belle-soeur Chantal, il convainc ses beaux-parents de convertir leur ferme laitière de Saint-Ours en ferme d’élevage avicole. L’entreprise compte aujourd'hui 137 000 pondeuses d’oeufs de consommation, 40 000 pondeuses d’oeufs d’incubation et s’affiche comme la plus importante ferme d’oeufs de consommation biologiques au Canada avec 22 500 pondeuses. En 1997, Serge Lefebvre quitte Jefo pour s’occuper des ventes des produits pharmaceutiques d’Alpharma. Mais comme son entreprise avicole a le vent dans les voiles, il décide de mettre tous ses oeufs dans le même panier à la fin des années 1990. Il s’implique aussi activement, comme vice-président et secrétaire, au sein de la direction de NutriOeuf à Saint-Hyacinthe, le leader de la classification et de la mise en marché des oeufs produits au Québec, dont il est actionnaire par l’entremise de sa participation dans la Ferme Saint-Ours, la Ferme des Patriotes et la Ferme Avistar. Au début des années 2000, il hérite de la vice-présidence de la Fédération des producteurs d’oeufs de consommation du Québec, poste qui le mènera tout droit à la présidence en 2004. Il devient du même coup le premier agronome à être président d’une fédération spécialisée au sein de l’Union des producteurs agricoles du Québec.

Les combats
 

Ses talents de vendeur, il les mettra à profit très souvent à la FPOCQ. Comme membre de GO5 Coalition pour un modèle agricole équitable, la gestion de l’offre, Serge Lefebvre a participé activement, à titre de lobbyiste, aux négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et aux conférences ministérielles de Hong Kong. Il ne manque jamais une occasion de promouvoir la défense de la gestion de l’offre des cinq productions contingentées au Canada, à savoir le lait, le poulet, les oeufs de consommation et d’incubation et le dindon. Il rentre d'ailleurs à peine d'un séjour au Mexique où il a participé au congrès annuel de l'International Egg Commission. Parmi les nombreux défis du président de la FPOCQ, il y a la mise en place d’un programme de relève en production d’oeufs de consommation, conçu spécialement pour la relève non apparentée. Parlant de relève, Serge Lefebvre ne semble pas trop inquiet. Il y a sans doute parmi ses quatre enfants âgés entre 15 et 22 ans quelqu'un qui pourra reprendre l’un de ses multiples chapeaux, sur la ferme, devant un micro ou sur une tribune. Car Dieu sait où sera rendu Serge Lefebvre dans cinq ans. En politique? « De nature, je suis ouvert aux opportunités, répond-il du tac au tac. Si je peux servir les agriculteurs à d'autres niveaux, pourquoi pas? Est-ce que ce sera en politique, une chose est sûre, je vais rester au service des agriculteurs. » Oui, il a déjà de la graine de politicien!

Ce qu’il pense

De la gestion de l’offre : « Il n'y a pas de meilleur outil pour les producteurs. Je ne dis pas qu'elle est parfaite, mais elle a fait ses preuves. Il faut simplement s'assurer qu'elle demeure un modèle d'actualité. » De la grippe aviaire : «C'est à la fois une menace et une opportunité. L'industrie québécoise des oeufs de consommation est bien préparée, nos normes de bio-sécurité sont en place et elles sont strictes. Notre industrie a aussi un rôle majeur à jouer dans le développement des vaccins contre l'Influenza qui sont faits à partir d'oeufs fertiles. Nous sommes à mettre en place un mécanisme très apparenté à la Gestion de l'offre afin d'assurer le bon fonctionnement de l'industrie de production d'oeufs de vaccins. » De la mondialisation : « C'est une utopie de mettre 100 % de la production agricole des pays aux enjeux de la mondialisation quand à peine 10 % de la production mondiale est exportée. Il faut préserver à tout prix notre souveraineté alimentaire et régir le 10 % transigé. La souveraineté alimentaire devrait être notre priorité. On ne peut pas être à la merci ou se fier au bon vouloir de nos voisins pour nous nourrir, au risque de passer deuxième le jour où il sera confronté à une catastrophe. » Des oeufs : « C'est le produit le plus complet qui soit et le plus économique aussi. Le rapport qualité/prix est inégalé. Pour moins de 40 cennes l'unité, il permet de nourrir sainement une personne. Qui dit mieux? » 

 

Martin bourassa

Le courrier de St-Hyacinthe